
Ottawa se prépare discrètement à un potentiel troisième référendum sur la souveraineté du Québec
Afin d’éviter de répéter les erreurs du passé, notamment celles de 1995, le gouvernement actuel se mobilise pour se préparer à un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec. L’ascension du Parti québécois dans les sondages, sous la direction de Paul St-Pierre Plamondon, et sa proposition d’organiser un troisième référendum, ont mis Ottawa en état d’alerte.
Christine St-Pierre, ancienne ministre québécoise (Culture, Communications, Condition féminine, Relations internationales et Francophonie) et journaliste chevronnée, souligne l’incertitude quant à l’impact du départ de François Legault sur les intentions de vote. Cependant, la dynamique actuelle favorise clairement le PQ.
Une préparation inspirée des leçons de 1995
À Ottawa, on prend cette perspective très au sérieux. Bien qu’aucune stratégie officielle n’ait été dévoilée, une feuille de route est en cours d’élaboration, s’inspirant des leçons douloureuses du référendum de 1995, où le gouvernement fédéral avait été pris au dépourvu. Des rencontres de haut niveau ont eu lieu au cabinet du premier ministre, impliquant des figures clés comme Dominic LeBlanc, ministre des Affaires intergouvernementales.
L’ancien ministre Steven Guilbeault avait initialement été chargé d’évaluer la situation et d’élaborer une stratégie, mais c’est maintenant Joël Lightbound qui a pris les rênes. La discrétion est le maître mot, comme l’a confié une source proche du dossier : « On ne veut pas donner de munitions ou laisser une allumette devenir un feu par notre faute. »
Éviter les faux pas et coordonner le message
L’expérience a montré qu’une communication maladroite peut être désastreuse. Les déclarations controversées de Mélanie Joly (accusant Paul St-Pierre Plamondon de vouloir « jeter le Québec dans les bras de Donald Trump ») et d’Angelo Iacono (suggérant une possible invasion américaine d’un Québec indépendant) sont des exemples à éviter. Il est crucial de coordonner le message pour éviter de tels faux pas.
La question se pose également de savoir comment faire valoir les avantages de rester au sein de la fédération canadienne, surtout auprès d’une nouvelle génération qui n’a pas connu le référendum de 1995. Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, anticipe que les fédéralistes utiliseront la tactique de la peur, mais il est convaincu qu’elle ne fonctionnera pas cette fois-ci.
Les souverainistes misent sur une vision romantique
Les souverainistes, quant à eux, semblent miser sur une vision plus optimiste et romantique de l’indépendance. Blanchet a même esquissé un scénario où le Canada et les États-Unis accepteraient rapidement un Québec indépendant, et où la vie continuerait presque sans interruption.
Un niveau d’inquiétude plus élevé qu’en 2012
Le niveau d’inquiétude à Ottawa est aujourd’hui plus élevé qu’en 2012, à l’approche de l’élection de Pauline Marois. Contrairement à Marois, Paul St-Pierre Plamondon a clairement affiché son intention d’organiser un référendum. L’absence de menace référendaire avait auparavant permis d’atténuer les tensions et de limiter l’intérêt des fédéralistes pour les discussions constitutionnelles.
La réaction du premier ministre Justin Trudeau en 2017, lorsqu’il a rejeté d’emblée la « politique d’affirmation du Québec » du gouvernement Couillard, illustre cette attitude. Trudeau avait déclaré sans même lire le document : « On n’ouvre pas la Constitution ! »
Ottawa se montre prudent et ouvert au dialogue
La perspective d’un gouvernement péquiste et d’un troisième référendum semble forcer Ottawa à adopter une approche plus prudente et à se montrer plus ouvert au dialogue, tout en maintenant un profil bas. Il est clair que la situation actuelle exige une préparation plus sérieuse et une approche plus nuancée que par le passé. Comme le souligne un commentateur, il ne suffit pas de raconter des histoires sur la « tolérance » canadienne; il faut proposer des garanties constitutionnelles réelles aux Québécois.
Source: Journal de Montréal

