
La Société des alcools du Québec (SAQ) est au cœur d’une controverse avec le déploiement de sa nouvelle stratégie de vente, les Zones SAQ. Ces mini-agences, situées dans des supermarchés et dépanneurs à travers le Québec, suscitent des inquiétudes quant à leur impact sur l’urbanisme, la santé publique et le soutien aux producteurs locaux.
Un Monopole avec des Responsabilités?
Samuel Pagé-Plouffe, directeur des affaires publiques de Vivre en ville, souligne l’importance de la responsabilité sociale d’un monopole comme la SAQ. L’organisme critique le fait que les Zones SAQ offrent un choix limité, principalement des marques populaires, obligeant les consommateurs à parcourir de plus longues distances pour accéder à une plus grande variété de produits. Cette situation coïncide avec la fermeture de succursales traditionnelles de proximité, accentuant les préoccupations.
La SAQ justifie ces fermetures par une rentabilité insuffisante et une volonté de réorienter les consommateurs vers des succursales plus grandes en périphérie urbaine ou vers les Zones SAQ. Cependant, cette stratégie a été vivement contestée par de nombreux élus, notamment lors de la fermeture inattendue de la succursale du Campanile à Québec, considérée comme essentielle pour la vitalité du quartier.
Impact sur la Santé Publique et les Microdistilleries
L’Association de la Santé publique du Québec (ASPQ) exprime son inquiétude quant à la disponibilité accrue de l’alcool fort dans les épiceries. Laurence Ruel, chargée de projet en substances psychoactives pour l’ASPQ, explique que la présence de l’alcool dans un contexte d’achat courant pourrait encourager les achats impulsifs.
Les microdistilleries québécoises sont également préoccupées par cette nouvelle stratégie. L’Union québécoise des microdistilleries (UQMD) craint que l’expansion des Zones SAQ ne se traduise par un déplacement des achats vers des produits internationaux à forte rotation, au détriment des spiritueux locaux. L’UQMD insiste sur le rôle de la SAQ dans la mise en valeur des produits d’ici.
Un Mandat de Responsabilité Sociale et Territoriale?
Les critiques convergent vers une demande commune : doter la SAQ d’un mandat de responsabilité sociale et territoriale. Alors que la SQDC possède un tel mandat, la SAQ en est dépourvue. Il ne s’agit pas de demander à la SAQ de revitaliser les centres-villes, mais simplement de ne pas contribuer à leur dévitalisation. Un monopole public, selon Vivre en Ville, doit assumer une responsabilité sociale et territoriale.
La SAQ n’a pas commenté publiquement le déploiement des Zones SAQ, mais son PDG, Jacques Farcy, a reconnu la nécessité de s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation des jeunes générations, notamment en proposant la livraison par Uber Eats.
Malgré l’absence de données publiques sur les revenus des points de vente, le professeur en sciences économiques Michel Poitevin estime que l’initiative pourrait être rentable, en raison des heures d’ouverture plus larges des supermarchés par rapport aux succursales de la SAQ.
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