
États-Unis – Canada: Les marchés financiers sous tension
Les marchés financiers restent volatils, particulièrement sensibles aux événements susceptibles d’influencer les paramètres économiques. Récemment, les tensions au Moyen-Orient ont exacerbé ces inquiétudes, principalement en raison d’une seule préoccupation : l’inflation.
La chute des marchés boursiers, la hausse des taux d’intérêt et la valorisation du dollar américain sont tous alimentés par la crainte que les interventions américano-israéliennes ne fassent grimper les prix, compromettant ainsi la reprise économique. Cette sensibilité accrue s’explique par les efforts considérables déployés par les banques centrales au cours des deux dernières années pour ramener l’inflation sous la barre des 3 %, après la flambée des prix observée pendant la pandémie.
Pourquoi les tensions ravivent-elles les craintes inflationnistes ?
Premièrement, les conflits ont tendance à réduire l’offre de pétrole, en particulier compte tenu du fait que 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, une voie maritime étroite et stratégique située dans les eaux iraniennes. Une offre de pétrole réduite se traduit inévitablement par une hausse des prix de l’essence, un poste de dépense important pour les ménages. Le prix du baril de pétrole WTI a d’ailleurs augmenté de 8,17 $US depuis vendredi, soit 12,2 %, atteignant 75,19 $US (prix au 16h mardi). Cette hausse affecte également les produits pétrochimiques, comme le plastique.
De plus, le pétrole est un élément essentiel du transport de marchandises, ce qui entraînerait une augmentation des prix des biens transportés. Enfin, les conflits perturbent les chaînes d’approvisionnement, ce qui a également un impact sur les prix. « Le choc énergétique est similaire à celui de 2022, lors de l’invasion de l’Ukraine en Ukraine », explique Étienne Bergeron, économiste chez iA Gestion mondiale d’actifs.
Impact sur les taux d’intérêt
L’impact dépendra de la durée des conflits. Plus l’intervention est prolongée, plus ses effets seront importants. Cependant, les marchés ont partiellement atténué leur baisse initiale lorsque les États-Unis ont annoncé des mesures pour protéger les pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz.
Ces risques inflationnistes suscitent également la crainte que les banques centrales soient moins enclines à baisser leurs taux d’intérêt, voire à les augmenter. Avant la guerre, les marchés prévoyaient une baisse de 0,58 point de pourcentage du taux directeur aux États-Unis d’ici la fin de 2026. Mardi après-midi, cette prévision était tombée à 0,46 point de pourcentage, selon Dominique Lapointe, stratège macroéconomique chez Manuvie. En Europe, où l’impact de la guerre est plus important, les marchés anticipent une hausse du taux directeur de 0,16 point d’ici la fin de 2026, et au Royaume-Uni, de 0,25 point. Au Canada, l’impact est une majoration hypothétique de 0,10 point plutôt qu’un taux directeur stable. Les marchés ne s’attendent donc pas à une hausse de taux de la Banque du Canada d’ici la fin de 2026, mais la probabilité augmente.
Effets économiques différenciés
L’impact sur l’économie canadienne est mitigé. L’Alberta et la Saskatchewan, en tant que producteurs de pétrole, pourraient bénéficier d’une hausse des prix, tandis que le Québec et l’Ontario pourraient en souffrir.
Impact sur les marchés
Mardi, l’indice S&P/TSX de la Bourse canadienne a perdu 2,4 % par rapport à la veille, tandis que l’indice américain S&P 500 a reculé de 1,2 %. La Bourse européenne (Stoxx 50) a été plus touchée, avec un recul de 3,6 %. Les rendements obligataires ont également augmenté, tant au Canada qu’aux États-Unis, de 12 points de base (0,12 %) à court et à long terme.
Le dollar américain a gagné du terrain en tant que valeur refuge, augmentant de 1,8 % par rapport à l’euro et de 3,4 % par rapport au won coréen. L’Asie, fortement dépendante du pétrole iranien, est particulièrement touchée.
Angelo Katsoras, économiste à la Banque Nationale, souligne que la guerre accentuera le protectionnisme. « Quelle qu’en soit l’issue, ce conflit met en évidence le passage de l’économie mondiale à une phase de moindre confiance, dans laquelle les grands pays redoubleront d’efforts pour produire les biens essentiels chez eux ou dans des pays alliés », écrit-il.
Il est donc crucial de suivre de près l’évolution de la situation et ses implications économiques pour les États-Unis et le Canada.
Source: La Presse




