Journal de Montréal: Hommage à Rodger, une légende du sport québécois

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Journal de Montréal: Hommage à Rodger, une légende du sport québécois

Un Printemps Mélancolique chez Ménick: Souvenirs de Rodger

L’air printanier de samedi matin sur le plateau Mont-Royal portait un parfum doux-amer. Chez Ménick, le salon de barbier sur Masson, la vie continuait, mais avec une teinte de tristesse. Le propriétaire, Ménick, accueillait sa clientèle avec son sourire habituel, tout en recevant les condoléances pour le décès de Rodger, une figure légendaire du sport québécois.

Le téléphone ne cessait de sonner, les messages d’affection affluant de partout, même de Floride. Au salon, Ménick se remémorait avec Louis-Philippe Neveu, de TVA Sports, le caractère bien trempé de Rodger et son désir constant d’avoir le dernier mot. Une douce mélancolie flottait dans l’air, mais aussi de nombreux sourires en évoquant les souvenirs partagés.

Une Amitié Forgée dans la Passion du Sport

Ménick se souvenait de son arrivée au salon en 1959, une année charnière pour le Québec, marquant la fin du duplessisme. Il interprétait ses fréquentes joutes verbales avec Rodger comme un signe d’amitié sincère. “Si tu ne peux pas dire à ton ami qu’il a tort, oublie ça!”, lançait-il avec son franc-parler. “C’était pareil avec Michel [Bergeron]. On se disputait tous les trois. Je défendais mon opinion, mais je parlais avec deux hommes d’une grande expérience dans le sport professionnel.”

Michel Bergeron, avec son expérience dans la Ligue nationale, avait toujours le don de remettre Ménick à sa place. Quant à Rodger, son long parcours auprès des Expos lui conférait une autorité incontestable. Discuter avec lui était toujours un défi, mais un défi plaisant.

Rodger: Un Mentor et un Ami

Rodger est entré dans la vie de Ménick avec l’arrivée des Expos en 1969, lui ouvrant les portes de l’univers sportif montréalais. “Rodger m’emmenait partout et me présentait à tout le monde”, racontait Ménick. “De fil en aiguille, je suis devenu le barbier des personnalités sportives. Je me suis lié d’amitié avec Johnny Rougeau au centre Paul-Sauvé.”

Rougeau, comme Yvon Robert avant lui, était un héros pour les Canadiens-Français. Ménick a ensuite été nommé relationniste des Bombardiers de Laval, où il a rencontré Mike Bossy et développé une belle relation avec lui. Ces souvenirs, et tant d’autres, défilaient dans l’esprit de Ménick.

Un Hommage Inoubliable

Mais le souvenir le plus poignant restait celui où Rodger lui avait demandé d’être son père de mariage. “Il aurait pu choisir n’importe qui, quelqu’un de plus prestigieux”, confiait Ménick, encore ému. “Quand il m’a appelé pour me dire qu’il avait choisi moi, j’ai cru qu’il plaisantait. Il a insisté. J’étais mal à l’aise, mais il tenait absolument à ce que ce soit moi. J’ai même demandé à Christian Tétreault de m’écrire un discours.”

L’émotion submergeait Ménick lorsqu’il évoquait l’avenir sans Rodger. Sa gorge se nouait, les larmes coulant à flots. “J’essaie de ne pas y penser, de vivre sa perte tranquillement. On se parlait tous les jours. Il venait souvent au salon le soir pour préparer sa chronique dans mon bureau. Je détestais ça parce que j’étais fatigué, mais c’était Rodger. Je n’aurais pas enduré ça avec un autre.”

Ménick montrait une photo où ils préparaient des cocktails, un clin d’œil amusant au fait que Rodger n’avait jamais touché à l’alcool. “C’est un antiquaire qui a trouvé cette photo dans un marché aux puces et me l’a vendue en échange d’un rasoir de barbier.”

La Clique de Rosemont: Un Chapitre qui se Ferme

Rodger était le deuxième membre de la Clique de Rosemont à disparaître, après Pierre Lacroix en 2020. Richard Morency, le dernier membre en vie, se trouvait dans un centre de soins de longue durée. Il ne restait plus que Ménick et Michel Bergeron. “Rodger va me manquer terriblement. Sans lui, je ne serais pas où je suis aujourd’hui. Je lui dois tout. Que vont devenir nos conversations animées, nos réunions entre amis? On ne s’obstinera plus…”


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