Gabriel Nadeau-Dubois

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Le monde du livre au Québec s’inquiète des récentes réformes budgétaires annoncées par la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel. Ces changements, visant à simplifier les règles budgétaires des centres de services scolaires (CSS), pourraient avoir des conséquences néfastes sur l’achat de livres par les écoles primaires et secondaires.

Simplification budgétaire : une menace pour les livres ?

Actuellement, les CSS disposent de 261 enveloppes budgétaires distinctes. La ministre LeBel prévoit de les fusionner en seulement 37, offrant ainsi aux établissements plus de flexibilité dans l’allocation des fonds gouvernementaux. Cependant, cette simplification inquiète particulièrement le milieu du livre, craignant une réduction significative des achats de livres en 2025.

La mesure la plus préoccupante est le regroupement de huit enveloppes dans une nouvelle catégorie intitulée “Activités sportives, culturelles et sociales”. Auparavant, une enveloppe spécifique était dédiée à l’achat de livres, avec une contribution gouvernementale de 16 millions de dollars et une participation des CSS à hauteur de 8 millions de dollars. De plus, 300 dollars étaient alloués à chaque enseignant pour l’achat de livres pour sa classe, représentant un investissement supplémentaire de 11,6 millions de dollars. Ces fonds étaient conditionnés à l’achat de livres auprès de librairies agréées.

En fusionnant ces enveloppes, les CSS auront une autonomie totale dans l’utilisation des fonds, sans obligation spécifique d’acheter des livres. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient après une première vague de restrictions budgétaires annoncées l’année précédente par l’ancien ministre de l’Éducation, Bernard Drainville.

Une baisse déjà constatée des achats de livres

Selon le bilan Gaspard 2025, publié par la Banque de titres de langue française, les achats de livres par les bibliothèques et les écoles ont chuté de 11,9 % par rapport à l’année précédente, ce qui représente environ 250 000 livres jeunesse de moins. L’Association des libraires du Québec (ALQ) souligne que cette baisse est particulièrement marquée dans le milieu scolaire.

La présidente de l’ALQ, Laurence Monet, met en évidence l’incertitude créée par les compressions budgétaires annoncées à la fin de l’année scolaire précédente. Une enquête menée par l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires a révélé une grande confusion quant à la gestion de ces restrictions. Certains CSS ont vu leurs achats de livres chuter de 70 %, tandis que d’autres n’ont pas été affectés.

Des inquiétudes quant à l’avenir de la chaîne du livre

Laurence Monet craint que la fusion des enveloppes budgétaires ne mette en péril l’ensemble de la chaîne du livre, incluant les librairies, les éditeurs, les auteurs et les distributeurs. Elle souligne que le livre est essentiel à l’apprentissage et ne devrait pas être considéré comme une dépense optionnelle. Elle insiste également sur le fait que les mesures actuelles n’obligent pas les CSS et les écoles à acheter des livres, et que l’incitatif financier ne suffit pas à garantir cet achat en période de restrictions budgétaires.

L’ALQ demande que l’enveloppe budgétaire dédiée aux livres soit maintenue intacte et que les ministres Christine Fréchette et Bernard Drainville s’engagent à protéger les budgets pour la lecture dans les écoles. L’association a envoyé plusieurs lettres à la ministre de l’Éducation, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.

Le bureau de la ministre LeBel a répondu par une missive laconique, indiquant que les règles budgétaires seront déposées dans les prochaines semaines et que les organismes scolaires devront faire des choix appropriés en fonction de leur milieu. Le gouvernement continuera de donner des orientations claires, mais les gestionnaires seront responsables de l’atteinte des objectifs fixés.

Laurence Monet estime que le ministère de l’Éducation doit aller plus loin pour protéger le livre, car il est un outil essentiel pour promouvoir la langue française et lutter contre l’influence des écrans.

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